Culture

La vie dans les bois : les 200 ans de Henry D. Thoreau (1817-1868)

Ce penseur transcendantaliste américain nous invite à réfléchir à la communauté des êtres humains avec la nature. Son livre WaldenLes enseignements d'Aldo Leopold et du pape François nous invitent - bien que séparés par plus d'un siècle - à modifier notre comportement dans ce domaine crucial de la vie.

Jaime Nubiola-13 septembre 2017-Temps de lecture : 4 minutes
Portrait de Henry Thoreau.

Le 12 juillet a marqué le 200e anniversaire de la naissance de Henry David Thoreau. C'est un penseur original, un pionnier de l'écologie et de la défense de l'environnement naturel. Thoreau est pour beaucoup un élément central de l'identité américaine.

La vie de Thoreau, né à Concorde, dans le Massachusetts, fils d'un fabricant de crayons, peut sembler banale, mais elle est remarquable par son authenticité. Il était un ami personnel des grands penseurs de son époque, notamment Ralph Waldo Emerson : tous deux étaient membres du Transcendentalist Club. Il a consacré toute sa vie à la réflexion et à l'écriture, devenant un grand essayiste, poète et philosophe, auteur de nombreux ouvrages dans lesquels il expose ses idées sur l'histoire, la relation entre la nature et la condition humaine, son plaidoyer en faveur de l'abolitionnisme et sa position critique sur la fiscalité et le développement.

Deux de ses œuvres se distinguent par leur influence importante sur l'époque actuelle : l'essai Sur le devoir de désobéissance civile (1849), dans lequel il défend le droit à l'insoumission face à un État injuste - qui influencera profondément Gandhi et Martin Luther King.- et le travail Walden, ou la vie dans les bois (1854), un précédent notable pour l'environnementalisme moderne, qui contribue à éveiller la préoccupation actuelle pour la relation entre les humains et la terre qu'ils habitent.

En 1845, Thoreau s'installe sur les rives du lac Walden, un terrain boisé appartenant à son ami Emerson, où il construit une petite cabane dans laquelle il vit pendant un peu plus de deux ans, tout en se consacrant à la lecture, à l'écriture et à la culture de la terre pour gagner sa vie. Il convient de noter qu'il n'a ni électricité ni eau courante, bien qu'il soit soutenu dans son alimentation par ses parents et amis. Walden ou la vie dans les bois est le résultat de ce défi personnel, de cette expérience de réflexion et de contemplation de la nature. Thoreau lui-même l'exprime ainsi : "Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément, n'affronter que les faits essentiels de la vie, et voir si je ne pouvais pas apprendre ce que j'avais à enseigner, de peur qu'au moment de mourir, je découvre que je n'avais pas vécu. Je ne voulais pas vivre ce qui n'était pas la vie ; cela coûte si cher de vivre ; [...] et si elle [la vie dans les bois] était mesquine, en tirer alors toute sa mesquinerie authentique, et publier au monde sa mesquinerie, ou si elle était sublime, la connaître par expérience et pouvoir en donner un résumé vrai à ma prochaine sortie. " (p. 90).

Quels sont ces faits essentiels de la vie ? Thoreau consacre plusieurs chapitres, au début du livre, à l'analyse et à la description des affaires quotidiennes telles que les vêtements, le mobilier (seulement trois chaises pour accueillir au maximum deux personnes), la fabrication du pain, la construction de sa maison, la plantation d'un potager. Mais peu à peu, il s'intéresse à d'autres sujets qui l'intéressent : les lectures qui l'accompagnent, les visiteurs qu'il reçoit, les sons, la solitude, les animaux, le lac...

Dès le départ, Thoreau présente son expérience de retour à la nature non pas comme un rejet de la civilisation, ni comme une défense de la nature sauvage, mais comme la recherche d'un territoire intermédiaire qui intègre nature et culture. Il se demande : "¿Ne serait-il pas possible de combiner la robustesse des sauvages avec l'intellectualité de l'homme civilisé ?" (p. 24). Pour lui, la nature et l'être humain sont étroitement liés, au point qu'il va jusqu'à affirmer qu'il fait partie de la nature et que c'est seulement dans la nature qu'il peut se découvrir. "C'est un coucher de soleil délicieux, quand tout le corps est un seul sens et absorbe le plaisir par tous les pores. Je vais et viens avec une étrange liberté dans la nature, en faisant partie d'elle". (p. 127), que Thoreau décrit magnifiquement. Et il ajoute : "Au milieu d'une pluie douce, alors que prédominentsJ'ai soudain pris conscience de l'existence d'une société douce et bénéfique dans la nature". (p. 128).

Un fil de continuité se dessine entre le premier et le second. société naturelle de Thoreau, les idées d'Aldo Leopold (1887-1948), et celles contenues dans l'ouvrage beaucoup plus récent de Laudato si' (2015). Leopold déclare dans son chef-d'œuvre Un almanach du comté de Sand (1949) que la terre est une communauté à laquelle nous appartenons. Ce concept - fondamental en écologie- implique une rupture avec l'idée de la nature comme quelque chose d'extérieur aux êtres humains, comme quelque chose d'étranger. Au contraire, Leopold propose de considérer la terre comme une communauté dans laquelle le tout et chacune de ses parties ont une valeur en soi : les êtres humains sont la nature, ils interprètent et façonnent le paysage.

À l'occasion du 200e anniversaire de la naissance de Thoreau, l'idée que les êtres humains sont membres d'une communauté biotique nous aide à comprendre le rôle que nous devons jouer dans la conservation de la nature. Les enseignements de l'encyclique Laudato si' sont une magnifique invitation à approfondir notre communauté intime avec l'environnement dans lequel nous vivons : "Nous oublions que nous sommes nous-mêmes la terre (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est composé des éléments de la planète, son air est ce qui nous donne le souffle et son eau nous anime et nous restaure" (n. 2).

L'invitation au retour à la nature et à sa contemplation comme un tout auquel nous appartenons transforme la défense de l'environnement en une réflexion morale sur le sens de la vie et une recherche de soi. Cette quête est capable de retrouver le sens sacré de la nature et, en même temps, de nous aider à assumer notre responsabilité en tant que membres de cette communauté. Le bicentenaire de la naissance de Henry D. Thoreau est une excellente occasion d'approfondir cette réflexion.

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